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HISTORIEK—HISTOIRE |
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LES UNIFORMES DE LA MARINE BELGE DE 1830 À NOS JOURS - DE L'IMMÉDIAT APRÈS-GUERRE AUX ANNÉES 70 Dès le 20 mai 1945, et donc 12 jours à peine après la capitulation de l'Allemagne, la Royal Navy rendit à la Belgique sa Section belge, qui avait servi toute la guerre en son sein, sous son autorité et son contrôle opérationnel; la Section belge de la Royal Navy devint donc autonome et, dès que prirent fin les accords interalliés de "Mutual Aid" le 8 novembre suivant, elle fut à la charge exclusive du Gouvernement belge. Cette Section dont le Gouvernement hérita avec quelque surprise, comment va-t-on l'appeler? Dans les textes de l'époque, le Directeur Général de l'administration de la Marine, Mr Henry Devos, l'appelle timidement "reconstitution de la Marine Royale...". On dira encore la "Section navale de l'Administration de la Marine" (à qui on l'a collée). Sur place on dira le "Corps Naval"... mais dans les journaux, on parle déjà de la "Force Navale". Ce qui vient tout naturellement, il me semble, de ce que l'on avait traduit la Royal Air Force par "Force Aérienne"; donc pourquoi ne pas dire aussi "Force Terrestre" pour l'armée belge (reconstituée) et "Force Navale" pour la marine militaire? Cela sonne bien et cela dit bien ce que cela veut dire: une composante d'une force militaire nationale. Si le vocabulaire maritime était d'accord ce serait parfait; mais on sait que, d'après lui, une force navale de quelque grandeur qu'elle soit, n'est qu'une partie d'un tout qu'on appelle en français une Marine. Mais on sait aussi que le Belge, drapé dans sa belgitude, ne couche pas tous les soirs avec le dictionnaire de l'Académie française! Alors: "What's in a name?" comme disent les Anglais, et d'ailleurs qu'importe la terrine si la soupe est bonne! On peut croire qu'elle sera bonne la soupe, car tous les ingrédients y sont! Les officiers, aux trois quarts anglicisés, sont rompus à l'art de la guerre sur mer et imprégnés de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas à la Navy, pour laquelle ils ont une énorme considération. Les sous-officiers —ceux du moins qui n'ont pas rejoint leur famille d'armateurs à la pêcherie— ont reçu des formations de spécialistes dans la Royal Navy, dont ils ne sauraient que faire, si ce n'est au sein d'une marine militaire: à la fois pour faire valoir leurs compétences et pour mettre à profit leur expérience, longue de trois à quatre années de guerre. Et enfin les matelots, "able seamen et ordinary seamen", tous engagés volontaires, tous fêtés et choyés comme des héros. Les uns savent qu'ils ne le seront qu'aussi longtemps qu'ils porteront cet uniforme et sont prêts à embrasser pour de bon cette carrière; les autres, engagés de dernière minute, ont un goût de trop peu qui les mortifie et qui les porte à espérer égaler les "anciens", dans les jours, les mois et les années à venir, car la guerre n'est pas finie; elle ne s'est pas terminée le 8 mai 45, par la capitulation de l'Allemagne; elle se poursuit en Extrême-Orient et puis surtout sur mer, chez nous, car pour des marins comme eux, la vie continue comme avant, avec ou sans les Anglais: les dragueurs continuent à draguer, les baliseurs à baliser, les pilotes de mer à piloter. Alors pourquoi chercher ailleurs ...? L'uniforme Mais puisqu'on n'est plus Anglais et que l'on est redevenu Belge, il faut bien le montrer, car il est nécessaire de se distinguer par quelques signes extérieurs de l'uniforme britannique, ne fût-ce que pour éviter les abus, les malentendus et les équivoques (certains ne s'embarrasseraient pas de scrupules, pour se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas!).
qui ne rappelait en rien la notion de Belgique, un dessinateur illuminé (ou une...?) inventa un insigne à porter sur le bras et qui représentait, sur fond de feutrine bleu ciel, une blonde sirène aux seins nus, adossée à une ancre rouge! Cette fois le clergé militaire s'offusqua et fit retirer la chose! Un ancien m'affirme que ce fut le 25 février 1949, jour du passage de la Force Navale du Ministère des Communications à la Défense Nationale!
Les matelots Chaque matelot était en principe doté de deux tenues d'uniforme identiques, l'une en bon état pour les sorties à terre et les cérémonies, l'autre pour le travail journalier. Ces deux tenues étaient en tous points conformes à celles des Anglais que nous avons décrites plus haut. Même col marin, même jumper, même pantalon aux larges jambes marquées des 7 plis traditionnels, même "pots" anglais—le "cap" comme on l'appelait—, même foulard "Nelson" et la cordelière blanche "lanyard" pour ceux qui étaient des engagés volontaires de carrière et qui tenaient beaucoup à se démarquer des simples "miliciens", ces appelés au service militaire.
Des insignes A. De spécialité Aux insignes de spécialités de l'Amirauté anglaise succéda rapidement une nouvelle carte d'insignes correspondant aux quelques spécialités dont la marine belge avait besoin. Donc plus de mécaniciens d'aviation, ni autres sophistications propres aux grandes marines. Contrairement aux insignes anglais qui étaient brodés de laine rouge, les nôtres étaient fournis imprimés de couleur jaune sur fond de drap bleu marine. Les sous-officiers se faisaient broder les leurs en fils d'or, comme de bien entendu, à leurs frais! B. De grade, Les officiers gardèrent longtemps encore les mêmes marques de grade qu'à la Navy. Il n'y avait à ce moment-là (1945 à 1949) aucune concordance avec les grades des Forces Armées, car n'oublions pas que la Force Navale n'en faisait pas partie, n'ayant pas été rattachée au ministère de la Défense Nationale mais bien au département Administration de la Marine, dépendant du Ministère des Communications (tout comme l'étaient la SNCB, le département des PTT et l' Administration des Voies Aériennes). Il n'y avait non plus aucune concordance entre ni alignement sur les grades portés par les officiers de la Marine de l'Etat, au grand déplaisir de certains. On remarquera que la Force Navale adopta, en traduction des titres anglais, les dénominations traditionnelles belges d'Enseigne, de Lieutenant de Vaisseau et de Capitaines de Corvette, de Frégate et de Vaisseau, quasi identiques à celles en usage en 1830 du temps de la Marine Royale. Le plus ancien des Capitaines de Vaisseau portait le titre de Commodore et portait un seul gros galon d'or de 40 mm surmonté d'une boucle ronde dite de Nelson, faite elle d'un galon ordinaire de 14 mm. Le premier à avoir porté ce titre fut le chef de corps de la Section navale, le Commander RNR Georges Timmermans, décoré en Angleterre de la Distinguished Service Cross (DSC).
Disons tout de suite que le titre de Commodore était, dans la Navy comme à la Force Navale, l'appellation d'une fonction supérieure et non un grade. Par exemple, le Commodore Dockyards Chatham était l'officier supérieur qui commandait tous les établissements à terre du port de Chatham; de même le Convoy Commodore était l'officier supérieur commandant un convoi de navires marchands. Dans la Compagnie Maritime Belge (la CMB) des lignes de paquebots de prestige sur le Congo, New-York et Rio de Janeiro, le plus ancien des capitaines de la compagnie portait aussi le titre de Commodore. Et pourquoi ne pas dire également que les présidents des yacht-clubs, en Belgique comme en Angleterre, portent aussi ce titre qui de toute évidence, n'est pas un grade, mais une fonction supérieure. Les galons des officiers sont tissés de fils d'or sur une âme de soie jaune, du dessin: deux boyaux cul de dé (en clair: deux bourdons encadrant un tissé formant des petits carrés). Ils ont 14 mm de large (le demi-galon 6 mm); la distance entre chaque galon est de 4 mm et la distance du galon inférieur au bas de la manche est de 7 cm. La boucle Nelson a un diamètre extérieur de 48 mm. Contrairement aux galons portés par les officiers de la Marine de l'Etat, ils font tout le tour du parement de la manche qui elle ne porte pas de petits boutons dorés. Par contre les couleurs des spécialités sont les mêmes: mécanicien-mauve, service-blanc, médecin-rouge; le pont porte évidemment ses galons cousus à même le drap et les électriciens les ont sur fond vert. Comme le "service dress" est onéreux, beaucoup d'officiers le ménagent et se font confectionner ou font teindre des "battle-dress" modèle armée anglaise, sur lesquels ils font coudre leurs épaulettes de grade en lieu et place de la patte d'épaule. Ces épaulettes sont complètes, boutons dorés compris, et non pas des manchons; le tout est cousu sur tout le pourtour comme ils le portent sur leur grand manteau d'uniforme qui est et reste le "great coat" à la Force Navale de nos jours, comme à la Navy autrefois. Il faut aussi remarquer que les officiers qui restèrent à la Force Navale en 1945 abandonnèrent d'un commun accord les galons spéciaux de RNR et de RNVR qu'ils portaient dans la Navy, pour les galons droits et pleins que seuls portaient les officiers RN', se considérant à juste titre comme des officiers d'active et non plus comme des réservistes ou des volontaires. A la casquette, les officiers supérieurs (frégate et vaisseau) ont la visière recouverte de drap bleu marine, brodée sur son pourtour extérieur d'une guirlande dorée de feuilles de chêne, qu'on continuera à appeler les "scrambled eggs" (oeufs brouillés!); le Commodore en portera deux rangs comme les officiers généraux de la Navy: le Rear Admirai, le Vice Admirai, l'Admiral et l'Admirai of the Fleet. Les sous-officiers Les sous-officiers d'alors étaient plus mal lotis que ceux d'aujourd'hui (en 2004) où la politique sociale (!) du ministère leur permet de changer jusqu'à onze fois de galons au cours de leur carrière, car, en effet, la Royal Navy ne connaissait que des "Petty Officers" (P.O.) et des "Chief Petty Officers" (C.P.O.). Seuls ces derniers portaient un service dress comme les officiers; les P.O.'s, eux, portaient le "square rig", la tenue des matelots. Mutatis mutandis, on traduisit C.P.O. par "Premier-Maître" et P.O. par "Maître". Au Premier-Maître on donna le service dress et 3 galons d'or de 6 mm inclinés sur les manches et au Maître 2 galons d'or de 6 mm à porter sur sa tenue de matelot. Mais tout cela allait bientôt changer car la Force Navale passa un beau jour du ministère des Communications au Ministère de la Défense Nationale. Cet heureux événement se produisit le 25 février 1949. à suivre CPV(hre) J-C. Liénart
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